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11 février 2013 à Lourdes : l'homélie de Mgr Brouwet lors de la messe internationale

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Pour la solennité de Notre-Dame de Lourdes, lundi 11 février 2013, Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes, a prononcé l'homélie de la messe internationale célébrée en la basilique Saint-Pie X du sanctuaire de Lourdes.

« Faites tout ce qu’il vous dira »... Regardez les serviteurs des noces de Cana. Humbles, discrets, presque cachés, ils font un chemin de foi qui peut nous éclairer. Voyez comment, sur la parole de Marie, ils se confient à Jésus. Ils devaient certainement déplorer le manque de vin. Mais, à l’invitation de Marie ils s’en remettent très docilement au Seigneur : «Remplissez d’eau ces cuves ; puisez et portez-en au maître du repas». L’acte de foi commence là ; dans cette confiance toute simple en Jésus ; en se laissant guider par lui. Ils ne font rien d’extraordinaire. Ils font ce qu’ils savent faire : remplir les jarres et servir. Mais ils le font différemment : ils le font dans une disponibilité entière au Seigneur. Sans savoir où cela les mènera ; sans savoir à quoi cela va les conduire. Il y a là une humble confiance qui ne demande pas à savoir ; mais qui avance en s’appuyant sur la parole de Jésus, en le laissant conduire les évènements.

Et c’est parce qu’ils sont entrés dans ce chemin de confiance qu’ils ont pu voir l’œuvre de Dieu, le miracle accompli. Eux seuls sont les témoins de ce qu’a fait Jésus. Mais ils en sont les témoins parce qu’ils ont accepté de le suivre. C’est parce qu’ils se sont rendus disponibles à lui qu’ils ont pu contempler son œuvre ; qu’ils ont pu saisir la profondeur de l’évènement et contempler l’invisible.
Il n’y a que celui qui a osé se laisser conduire ; il n’y a que celui qui a osé laisser de la place à Dieu qui peut discerner son œuvre de salut et comprendre ainsi, dans un regard de foi, les évènements du monde, leur sens profond, la lumière ultime qui les éclaire.

Seul celui qui a accepté de ne pas tout prendre en main dans sa vie, seul celui qui a accepté de ne pas être le seul maître de son existence, peut voir et comprendre comment le Seigneur agit. Seul celui qui a pris le risque de s’en remettre à Dieu est en mesure de contempler son œuvre, de contempler sa gloire, de reconnaître sa providence à l’œuvre dans sa vie.

Nous vivons dans un monde que nous ne comprenons pas toujours. Un monde qui nous passionne tant les progrès de la technologie et des communications élargissent nos capacités de relations et d’informations. Mais un monde qui, parfois aussi, nous angoisse, tant il semble fragile, tant il semble parcouru de violence, de repli sur soi et du refus de Dieu.

Ce monde est invité, comme à Cana, aux noces de l’Agneau. Il est invité à entrer dans l’Alliance que Dieu a scellée dans le sang de son Fils. De ce banquet nous sommes les serviteurs. Inquiets quand les convives n’ont plus de vin, quand ils ne savent plus à quelle source s’abreuver, quand ils n’ont plus conscience que le vin qu’ils ont eux-mêmes produit s’épuise sans apporter la joie véritable. Nous sommes des serviteurs inquiets mais prêts à se laisser guider, avec Marie pour Mère, par le Christ Seigneur, pour porter aux hommes le vin de l’Alliance nouvelle et éternelle, pour présenter aux hommes la source du salut.

Nous ne sommes que des serviteurs. Humbles et cachés. Nous ne sommes pas forcément de ceux qui ont accès aux media, de ceux qui prennent les décisions importantes aux yeux du monde ; nous ne sommes pas les maîtres du repas. Mais ce monde nous l’aimons. Et nous voulons le servir, nous mettre au service du don que Dieu fait de lui-même à tous les hommes dans le mystère des noces.
Voilà le regard de la foi sur nos vies de chrétiens.

Notre monde se déchristianise. Il perd chaque année un peu plus ses références à l’Evangile. En France le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les personnes homosexuelles en est un exemple. Les lois qui se préparent pour autoriser les manipulations sur les embryons et le suicide assisté en fin de vie aussi.Allons-nous pourtant nous sentir étrangers à ce monde ? Allons-nous le mépriser ou former des communautés retirées du monde, protégées du monde ? Nous savons bien que notre vocation n’est pas là.

Notre vocation est de vivre au milieu du monde et d’y mener une vie toute simple : en nous laissant fasciner par le Christ ; en nous abreuvant à sa Parole ; en cherchant sa volonté en toute chose. Et en servant ce monde ; sans se lasser de lui annoncer combien il est aimé de Dieu. En lui portant ces jarres pleines de l’amour de Jésus, cause de notre joie.

«Voici que je fais toutes choses nouvelles », dit le Seigneur dans l’Apocalypse. L’Esprit Saint nous a été donné sans mesure pour qu’au milieu des tristesses du temps présent, pour que là où règnent la confusion, la division, la haine de soi, pour que là où règnent le mensonge, le nihilisme, la soif de pouvoir, nous coopérions à faire toutes choses nouvelles.

Et nous demandons précisément au Seigneur que soit renouvelé en nous le don d’intelligence reçu à la confirmation. Pour que nous sachions regarder les évènements du monde, et notre propre vie, dans la lumière de la foi. C'est-à-dire avec le regard de Dieu et non avec les critères du monde. Dans l’espérance théologale et non dans les calculs humains.

Et Marie, Notre Dame de Lourdes, est notre éducatrice. Elle nous apprend à servir à ce banquet nuptial auquel toute l’humanité est conviée. Elle nous apprend à regarder ceux que nous croisons comme des invités au festin des noces. A Lourdes, elle nous apprend à célébrer l’Alliance nouvelle et éternelle et à trouver notre joie dans le service.

C’est aujourd’hui la journée mondiale des malades. Nous confions au Seigneur, au cours de cette messe, tous les malades : ceux qui sont présents aujourd’hui dans cette basilique, ceux que nous connaissons, les malades de nos familles, de nos quartiers, des hôpitaux et des cliniques de nos régions, les malades qui nous suivent aujourd’hui à la radio, à la télévision ou par internet. Mais nous leur demandons aussi leur prière, tant nous savons qu’elle est puissante auprès de Dieu.

J’invite les malades à venir à Lourdes et tous ceux qui le peuvent à les y accompagner. Ici les personnes malades ou porteuses d’un handicap ont la première place. Non seulement parce que tout est mis en oeuvre pour pouvoir les accueillir dans de bonnes conditions ; mais surtout parce qu’ils sont, aux yeux de tous les pèlerins, des témoins vivants de la foi et de l’espérance dans le Seigneur. A Lourdes, ceux qui sont atteints d’une maladie ou d’un handicap nous enseignent et nous poussent à la conversion. En passant quelques jours avec eux, notre cœur est transfiguré et nos valeurs sont inversées. Nous retrouvons auprès d’eux la joie du service, la disponibilité patiente, la confiance qui s’en remet au Christ, l’esprit d’enfance, l’importance d’un geste d’amitié, d’un sourire, d’un moment de silence vécu ensemble. Avec eux, nous réapprenons notre vocation de chrétien, de serviteurs du monde, espérant contre toute espérance pour porter au monde le salut qui vient de Dieu. Sous le regard de Marie et de Bernadette. Amen.

Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes

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